Que penseriez-vous si soudainement votre conjoint, dans la jeune cinquantaine, décidait de s’acheter une voiture sport décapotable? Ou s’il vous disait qu’il a besoin de son espace et qu’il aimerait se louer un appartement? Autrefois on appelait ça le démon du midi, mais maintenant on a donné à ce mal de vivre le nom d’«andropause». Et certains symptômes de l’andropause sont même regroupés sous un autre nom, c’est le «syndrome du mâle irritable»!

La Société internationale pour l’étude du vieillissement chez les hommes définit comme suit l’andropause: «Syndrome clinique et biochimique associé au vieillissement et caractérisé par une déficience dans les niveaux sériques d’androgènes.  Il peut en résulter des changements significatifs sur le plan physique et avoir une incidence négative sur plusieurs systèmes du corps, dont le cerveau.»

L’expérience des hommes relativement au déclin de la production hormonale au mitan de la vie est très différente de celle des femmes. Lorsque les femmes atteignent la ménopause, leurs niveaux hormonaux sont en chute libre et les effets peuvent survenir du jour au lendemain et être dramatiques. Pour les hommes, il s’agit plutôt d’une glissade sur une pente douce. Par conséquent, les symptômes du changement hormonal apparaissent beaucoup plus graduellement et souvent ce sont les femmes dans leur vie qui s’en aperçoivent avant eux.

Les symptômes physiques d’un faible niveau de testostérone chez les hommes comprennent la fatigue, une perte de libido, un manque de qualité érectile, une diminution de la masse musculaire et par conséquent de la performance athlétique, de la force et de l’endurance. Mais les symptômes psychologiques, dont la perte d’estime de soi, la dépression, l’irritabilité, la perte de motivation et une diminution générale de jouissance de la vie s’expliquent par le fait que le cerveau est riche en récepteurs d’androgènes, ce qui signifie que la baisse des niveaux de testostérone auront un effet sur le comportement des hommes. La dépression, la mauvaise humeur et/ou le manque d’intérêt dans les choses nouvelles, bref ce que l’on définit maintenant comme le syndrome du mâle irritable, sont des symptômes du déséquilibre hormonal causé non seulement par la baisse de testostérone mais aussi l’augmentation du niveau d’œstrogène car on sait que l’excès d’œstrogène excite la membrane du cerveau et produit les mêmes symptômes, par exemple l’irritabilité et les sautes d’humeur, chez les femmes.

Autant chez les hommes que chez les femmes, maintenir l’équilibre entre les androgènes et les œstrogènes est indispensable à la bonne santé physique et mentale. Les testicules produisent approximativement 20% de la minuscule quantité d’œstrogène que l’on retrouve dans le corps des hommes en temps normal. Mais ce niveau peut augmenter considérablement avec l’âge à cause de la transformation des androgènes en œstrogènes dans la graisse corporelle via l’enzyme aromatase. Vu que l’aromatase se trouve dans les cellules adipeuses, les hommes obèses ou ceux qui ont beaucoup de graisse autour de la taille ont un surplus de cette enzyme et par conséquent risquent de fabriquer un surplus d’œstrogène et faire basculer l'équilibre hormonal délicat entre la testostérone et l'oestrogène en faveur de l'oestrogène. Bien des hommes au mitan de la vie ont un niveau plus élevé d’œstrogène dans le corps que les femmes du même âge!

Les autres facteurs qui favorisent l’excès d’œstrogène comprennent la déficience en zinc, la consommation excessive de bœuf et de volaille d’élevage commercial, la consommation excessive d’alcool, en particulier de bière qui de plus a des effets oestrogéniques à cause de la présence de houblon. Les suppléments tels que la DHEA peuvent également élever les niveaux d’œstrogène car cette hormone se transforme dans le corps d’abord en androgènes et éventuellement en oestrogènes dans les tissus adipeux.

L’excès d’oestrogènes chez les hommes est relié au risque accru de cancer du sein (typiquement les hommes bedonnants ont un développement mammaire) et de la prostate car l’œstrogène stimule la multiplication cellulaire de ces tissus. Il ne faut pas oublier que la prostate chez l’homme vient du même tissu embryonnaire que l’utérus chez la femme, qui sont riches en récepteurs d’oestrogène.

Sur le plan de la prévention, le zinc est un minéral d’une importance critique pour les hommes, car il aide à bloquer la conversion des androgènes en œstrogènes. La progestérone peut également intervenir en réduisant la stimulation oestrogénique des tissus et en entravant la transformation de la testostérone en DHT (dihydrotestostérone), un métabolite plus puissant de la testostérone que l’on croit impliqué dans l’hypertrophie de la prostate. Il faut aussi être conscient des xénoestrogènes dans l'environnement (voir DOSSIER HORMONES sur le site santedesfemmes.com, sous la catégorie «Xénoestrogènes». Dans certaines régions urbaines, il faut même éviter de boire l'eau du robinet à cause de la présence d'oestrogènes provenant des contraceptifs oraux que les services municipaux de filtration d'eau ne peuvent éliminer.

La progestérone, que les hommes produisent via les testicules et les glandes surrénales, peut être une aide précieuse pour les hommes aux prises avec les symptômes de l'andropause à cause de son effet calmant sur le cerveau qui aide à réduire l’anxiété et l’irritabilité. Toutefois, un homme stressé risque d’avoir un déficit en progestérone à cause de la production d’une autre hormone, le cortisol, qui est l’hormone du stress. Si la demande en cortisol est trop grande, le corps transformera la progestérone en cortisol, et de plus le cortisol occupera les récepteurs de progestérone. C’est pourquoi un supplément de progestérone peut être indiqué pour un homme stressé qui souffre du syndrome du mâle irritable.

Comme le souligne le Dr John Lee dans son livre «L’équilibre hormonal pour les hommes», c’est à tort que l’on a blâmé la testostérone pour le cancer de la prostate. Au contraire, un supplément de testostérone bio-identique, comme Androgel, est très bénéfique pour les hommes qui ont un déficit en androgènes. Ce qu’il faut éviter est la transformation de la testostérone en DHT (dihydrotestostérone), chose que la progestérone aide à accomplir. Le médecin peut aussi prescrire la testostérone bio-identique sous forme de crème préparée en pharmacie. L’utilisation d’un précurseur des androgènes comme la DHEA peut aider, mais il faut l’utiliser avec prudence et éviter une surdose pour ne pas faire augmenter le niveau d’œstrogène en particulier chez les hommes qui ont un excès de graisse abdominale.

 

 

 

Lecture recommandée:
L’équilibre hormonal pour les hommes, par le Dr John R. Lee, Éditions Sully.