Nicole avait 23 ans quand elle a cessé de prendre la pilule anovulante dans le but de fonder une famille. Depuis, elle a des maux de ventre atroces durant ses règles et des saignements abondants qui l'épuisent.

Josée a eu ses premières menstruations à l'âge de 12 ans. Elle a maintenant 17 ans et, à chaque mois depuis cinq ans, elle doit s'absenter de l'école pendant au moins trois jours. Elle les passe couchée, roulée sur elle-même avec un sac d'eau chaude sur le ventre, car le moindre mouvement semble exacerber sa douleur à l'abdomen et au bas du dos.

Pierrette a 36 ans, elle vit en couple et a deux enfants. Depuis quelques années, ses règles lui donnent du fil à retordre, déjà qu'elle commence à ressentir des tiraillements dans le bas de l'abdomen cinq à six jours avant qu'elles se déclenchent, et c'est sans parler des crampes terribles qu'elle subit pendant les quatre premiers jours de chaque cycle menstruel. De plus, elle appréhende les relations sexuelles avec son mari qu'elle aime de tout son coeur, car à chaque fois, elle ressent des douleurs semblables à des coups de couteau au plus profond de son corps.

Jeannette a 33 ans; elle vit seule, très isolée, car depuis des années, sa vie est un enfer qu'elle ne peut envisager de partager. Elle est accablée de troubles intestinaux, de fatigue, d'anémie et comme si ce n'était pas assez, elle ressent une douleur constante dans tout l'abdomen. Elle doit régulièrement prendre des médicaments anti-inflammatoires et parfois même des narcotiques tant la douleur devient insupportable. Elle prie que le médecin change d'idée et accepte de lui faire une hystérectomie malgré le fait qu'elle n'ait pas encore d'enfant.

Anne a 26 ans. Elle est en parfaite santé, n'a jamais eu de problème gynécologique, et pourtant, depuis trois ans, elle essaie sans succès de tomber enceinte.

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Ces cinq femmes ont en commun une maladie peu connue qui pourtant en fait souffrir des milliers d'autres à travers le monde. L'endométriose est une affection gynécologique très complexe qui atteint les femmes entre les âges de l'adolescence et de la ménopause. Sa complexité découle du fait qu'elle implique tant le système reproducteur, endocrinien qu'immunitaire, et qu'en plus, elle semble exacerber par des diverses composantes alimentaires et environnementales.

L'endométriose n'est pas une maladie nouvellement découverte. Elle avait déjà été décrite dans la littérature médicale de la fin des années 1600. Elle a longtemps été définie comme une maladie de femme, être faible, plus hystérique que l'homme, mais la réalité est toute autre. En fait, c'est une maladie qui semble débuter par la dissémination de petits morceaux de tissus endométriosiques vers l'intérieur de la cavité abdominale lors des règles. L'endomètre est la muqueuse interne de l'utérus qui est évacuée lors des menstruations. Bien que les causes exactes de l'endométriose restent encore à découvrir, on pense que ces tissus s'implantent à d'autres endroits dans le corps et forment des lésions. Les recherches suggèrent que chacun de ces implants reproduit un mini-cycle menstruel, c'est-à-dire qu'à chaque mois, la lésion endométriosique saigne au moment des règles. Comme ces sécrétions n'ont nulle part où sortir, elles s'accumulent et irritent les tissus environnants. La douleur ressentie dépend en partie de la localisation de la lésion et de sa profondeur. On peut en retrouver n'importe où dans le corps, mais elle s'installe plus fréquemment dans les régions avoisinantes de l'utérus comme l'ovaire, la vessie, le sigmoïde (intestin) et le rectum.

Chaque femme atteinte d'endométriose vivra sa maladie différemment. Plusieurs femmes en sont même atteintes sans le savoir, soit parce qu'elles n'ont pas de symptômes dérangeants ou parce qu'elles ont toujours eu des règles douloureuses et qu'elles pensent que c'est "normal pour une femme d'avoir mal à ce temps-là du mois". C'est souvent lorsque l'affection s'aggrave et atteint d'autres organes que le diagnostic est établi.

Les symptômes incluent bien plus que les crampes menstruelles et les douleurs lombaires. Il y a toute une panoplie de manifestations: fatigue, anémie, douleur à la miction, à la défécation ou lors des relations sexuelles, fausse couches, infertilité, kystes ovariens, règles très abondantes, nausée, vomissements, diarrhée, constipation, dépression, maux de tête, ballonnement, etc. De plus, on note que ces femmes sont plus susceptibles à souffrir d'allergies, d'asthme, de fatigue chronique, de fibromyalgie, de migraine, de cystite interstitielle et de certaines maladies auto-immunes.

Les dernières recherches démontrent un lien entre l'endométriose et certains facteurs environnementaux. D'ailleurs, des milliers de femmes ont amélioré leur état de santé et leur fertilité en effectuant des changements à leur mode de vie. Par exemple, bien des victimes de l'endométriose se sont senties revivre en limitant l'exposition aux xénoestrogènes (oestrogènes étrangers au corps humain) et en rééquilibrant leur système hormonal. D'autres encore ont vu des résultats encourageants en adoptant une saine alimentation qui respecte leurs besoins individuels (candidose, allergies, intolérance au gluten). Plusieurs thérapies complémentaires peuvent aussi aider à diminuer la douleur et à reprendre le contrôle de sa vie.

Gisèle Frenette

Cet article provient du blogue Virage Santé
http://gisele-frenette.blogspot.com/

(Voir mon livre «L'endométriose: Vaincre la douleur et l'infertilité»)

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