Il y a quelque temps, Céline R., de Brossard m’appela en désespoir de cause car elle souffrait d’une sécheresse vaginale extrême qui causait des douleurs et des saignements, surtout quand elle marchait. Son médecin n’y comprenait rien puisqu’elle prenait un oestrogène d’ordonnance qui aurait dû régler son problème.

En effet, l’amincissement et l’assèchement de la muqueuse vaginale sont directement reliés à la carence en oestrogène (alors que les chaleurs peuvent avoir d’autres causes).

Céline, qui est âgée de 62 ans et a subi une hystérectomie à 40 ans, m’expliqua qu’elle avait pris du Premarin® pendant des années et que les choses allaient assez bien. Cependant, à cause des études récentes son médecin avait changé sa prescription pour Estrace®, un produit que plusieurs médecins croient à tort être plus sécuritaire car il est dérivé du soja1. Étant donné que Premarin était, à venir jusqu’à récemment, l’oestrogène le plus prescrit, la plupart des études, dont la prestigieuse étude Women’s Health Initiative (WHI), ont été menées en se servant de ce produit.

Les résultats de l’étude WHI et de plusieurs autres qui ont confirmé les risques reliés à l’oestrogénothérapie ont fait chuter la vente du Premarin, car nombreux sont les médecins qui ont cru bien faire en prescrivant d’autres produits d’oestrogène à leurs patientes. Il arrive aussi que les femmes elles-mêmes demandent à leur médecin de changer leur prescription.

De fait, si les études avaient été menées avec Estrace et d’autres produits qui contiennent de l’oestradiol, qui est l’oestrogène le plus stimulant pour la multiplication cellulaire, les résultats auraient probablement été encore plus négatifs qu’avec le Premarin. Même si le Premarin provient de l’urine de juments gravides, les oestrogènes qu’il contient se rapprochent de la structure moléculaire de l’oestrone, qui est le principal oestrogène que nous fabriquons après la ménopause. L’oestrone est un oestrogène moins stimulant que l’oestradiol, que nos ovaires fabriquent surtout avant la ménopause et qui est responsable de l’épaississement de la muqueuse utérine pendant le cycle menstruel.2

Il devrait donc être évident qu’Estrace, et tous les autres produits d’hormonothérapie à base d’oestradiol tels que les timbres (Estraderm, etc.) et l’Estrogel, sont de fait tout aussi stimulants pour la multiplication cellulaire que le Premarin et peuvent faire courir autant de risques aux femmes.

Pour revenir à Céline, je n’étais donc pas surprise qu’elle ait eu de moins bons résultats avec Estrace qu’avec Premarin. Même à la dose la plus faible, Estrace risque davantage de créer ce que le Dr John Lee a appelé une «déficience hormonale fonctionnelle». Une déficience hormonale fonctionnelle se produit lorsqu’une hormone est présente en quantité suffisante dans notre système, mais ne fonctionne pas comme elle le devrait. S’il y a une chose qu’Estrace aurait dû faire pour Céline, c’était de régler son problème de sécheresse vaginale.

Mais quand son médecin a augmenté la dose le problème a empiré. Pourquoi? C’est que Céline était dans un état de déséquilibre hormonal étant donné que son médecin ne lui avait pas prescrit de progestérone puisqu’elle n’a pas son utérus. Le Dr Lee a essayé par tous les moyens de sensibiliser autant les femmes que leurs médecins aux problèmes que crée ce protocole médical. Même si une femme n’a pas son utérus elle a besoin de progestérone car l’oestrogène et la progestérone sont véritablement des hormones interdépendantes: une aide à créer et à sensibiliser les récepteurs de l’autre.

Une hormonothérapie bien équilibrée est plus efficace car en présence de progestérone l’oestrogène fonctionne mieux et la dose peut être gardée au minimum.

Céline voulait cesser de prendre l’Estrace. En général, il est mieux de faire un sevrage graduel de l’oestrogène, mais Céline a décidé d’arrêter pile et d’utiliser une crème à la progestérone bio-identique ainsi que des phytoestrogènes (trèfle rouge, igname sauvage, actée à grappes).

Sa sécheresse vaginale a disparu au bout de deux semaines. Bien que les phytoestrogènes aient un effet oestrogénique cent fois plus faible que celui de l’oestradiol, ils peuvent être tout aussi efficaces que les oestrogènes prescrits dans le cadre d’une hormonothérapie «douce» et bien équilibrée avec de la progestérone bio-identique.3

La dominance en oestrogène peut produire des déficiences fonctionnelles au niveau de d’autres hormones et ceci pourra affecter plusieurs systèmes du corps. Ainsi, l’oestrogène qui n’est pas bien contrebalancé par la progestérone peut créer une déficience fonctionnelle des hormones de la thyroïde. C’est pourquoi bien des femmes en préménopause peuvent avoir des symptômes d’hypothyroïdie mais les tests ne pourront confirmer une dysfonction de la thyroïde.

La clé de cette énigme est que la thyroïde fabrique des hormones en quantité suffisante mais celles-ci ont de la difficulté à porter leur message à nos cellules. Il en va de même pour l’insuline: le pancréas peut en produire en quantité suffisante pour contrôler le glucose sanguin, mais celui-ci peut devenir élevé et le diabète peut s’en suivre à cause d’une déficience fonctionnelle de l’insuline dont l’action est entravée par la dominance en oestrogène.

Toute thérapie hormonale de substitution doit respecter les principes de base de l’équilibre hormonal, en d’autres mots être respectueuse de la nature, si l’on veut en retirer le maximum de bienfaits tout en prenant un minimum de risques.




Références et lectures recommandées:
- Dr John R. Lee, M.D., «Tout savoir sur la préménopause», Éditions Sully
- Voir ma chronique intitulée: «Les oestrogènes: messagers de vie ou messagers de mort?»
- La crème à la progestérone bio-identique est en vente libre aux États-Unis mais n’est disponible que sous ordonnance au Canada. L’igname sauvage (diosgénine) est un phytoestrogène qui ne simule pas l’action de la progestérone dans le corps.


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