Il n’y a pas de doute que le Dr John Lee, s’il était encore de ce monde (il est décédé en 2003), ferait l’éloge d’«Hormones au féminin», publié par la Dre Sylvie Demers en 2008, comme ayant posé un autre jalon pour finalement faire comprendre au monde médical le rôle vital que joue la progestérone dans les thérapies hormonales substitutives (THS). Dans ce sens, Sylvie Demers poursuit l’oeuvre qu’a entreprise le Dr Lee et à laquelle il a dévoué sa vie. Le Dr Lee a travaillé sans relâche pour faire comprendre tant au monde médical qu’aux femmes que des thérapies hormonales à base d’hormones bio-identiques offraient des solutions plus efficaces et sécuritaires aux problèmes féminins que l’hormonothérapie standard à base d’hormones non bio-identiques que proposaient les protocoles médicaux depuis les années 60.

Comme le fait remarquer la Dre Demers dans l’introduction de son livre, il est vrai que le Dr Lee était «très progestérone» mais dans les années 90 lorsqu’il rédigeait ses ouvrages, l’oestrogène n’avait pas besoin de champion – les médecins ne parlaient que de cette hormone – la progestérone ne figurant même pas dans la THS conventionnelle puisqu’elle avait été remplacée par les progestines comme le ProveraMD – au grand détriment des femmes. C’est pourquoi le Dr Lee s’est fait le champion de la progestérone, et la science lui donne maintenant raison. Il faut quand même dire que la Dre Demers est elle-même «très progestérone» puisqu’on trouve dans son livre des explications encore plus détaillées que n’en donne le Dr Lee sur la synergie qui existe entre l’oestrogène et la progestérone et la nécessité de maintenir cette synergie dans le cadre des THS.

Mesdames, ce livre est un cadeau que vous pourriez faire à votre médecin car encore aujourd’hui – chose qui illustre bien l’ignorance qui perdure dans le monde médical au sujet de la progestérone – les THS couramment prescrites aux femmes qui n’ont pas leur utérus n’incluent pas cette hormone, et plusieurs prescrivent encore du ProveraMD à celles qui ont leur utérus, les privant des nombreux bienfaits de la «vraie» progestérone. Espérons que «Hormones au féminin» aidera à changer ce protocole qui est, comme la Dre Demers l’explique de façon scientifique et avec d’abondants exemples à l’appui, basé sur des conceptions erronées et incomplètes du système hormonal féminin.

Par ailleurs il est absolument vrai, comme l’affirme Sylvie Demers, que si les produits hormonaux utilisés dans le cadre de la fameuse étude WHI avaient été bio-identiques et que l’oestrogène avait été administré par voie transdermique (gel ou timbres) les résultats auraient été radicalement différents et que la valeur protectrice des THS pour le système cardiovasculaire et la masse osseuse aurait été confirmée plutôt que mise en doute. Il est d’ailleurs incroyable que les médecins continuent de prescrire les mêmes produits non bio-identiques (PremarinMD et ProveraMD) alors que des produits bio-identiques catalogués dans le Compendium des produits pharmaceutiques sont disponibles depuis près d’une décennie. Le Dr George Gillson, un médecin et scientifique canadien, abonde dans le même sens dans son livre «La thérapie hormonale plus efficace et sécuritaire, c’est possible» publié en 2003 (Disponible sur le site santedesfemmes.com sous l'onglet "Boutiques - Matériel éducatif".

Il faut dire que si le Dr Lee n’était pas «très oestrogène», c’est aussi parce qu’il reconnaissait que la nature a doté les femmes d’un système de rechange à la ménopause, alors que les glandes surrénales prennent la relève des ovaires dans la production des hormones sexuelles nécessaires au maintien de la santé féminine. C’est pourquoi il déplorerait que dans «Hormones au féminin» la Dre Demers donne nettement l’impression de vouloir perpétuer le dogme médical selon lequel à la ménopause la nature nous laisse tomber et que sans hormonothérapie les femmes sont pratiquement condamnées à vieillir et même mourir prématurément. À l’instar du Dr Lee, de plus en plus de médecins reconnaissent la sagesse de la nature, préconisant une THS basée sur les besoins particuliers de chaque femme, et non sur l’idée de maintenir chez toutes les femmes un niveau d’hormones sexuelles plus élevé que ce que la nature a prévu à ce stade de la vie. Il est certain que l’oestrogène et la progestérone sont des hormones qui peuvent retarder les effets du vieillissement sur le cardio, les os, la peau, etc. Mais les niveaux d’oestrogène dont parle le Dr Demers inquiéteraient certainement le Dr Lee car cette hormone peut facilement devenir une arme à deux tranchants. La présence d’une quantité adéquate de progestérone pour contrebalancer les effets de l’oestrogène sera un élément crucial dans l’approche préconisée par la Dre Demers.

Un autre point important touche l’application transdermique des hormones. Le Dr Lee serait entièrement d’accord avec la Dre Demers que cela est particulièrement important pour l’oestrogène. Il est de fait surprenant que le monde médical ne reconnaisse pas les dangers associés à l’administration orale des suppléments d’oestrogène, même lorsqu’il s’agit d’oestradiol bio-identique comme Estrace. Comme les lectrices de l’Émeraude le savent, j’ai toujours préconisé l’EstrogelMD pour les femmes qui ont besoin d’un supplément d’oestrogène car ce genre d’application a l’avantage de permettre d’ajuster la dose aux besoins individuels.

Un point de divergence très important entre la Dre Demers et le Dr Lee concerne l’usage du Prometrium, une forme orale de progestérone bio-identique. Le Dr Lee a toujours soutenu que la nature a de bonnes raisons de ne pas faire passer les hormones par l’estomac. Le Dr Gillson, directeur médical du Laboratoire RMA à Calgary, explique «Toutes les hormones administrées par voie orale sont d’abord attaquées par l’acidité gastrique, puis soumises à l’action métabolisante du foie. Jusqu’à 80% de la progestérone orale est ainsi convertie en sous-produits (métabolites) dans le tractus digestif et le foie. Ceci est reconnu comme «l’effet de premier passage dans le foie». C’est pourquoi les doses orales doivent être d’au moins 100 à 200 mg alors que les doses topiques ne sont que de 1/5ième ou 1/10ième de cette quantité.»1

Ceci explique pourquoi beaucoup de femmes ont des effets secondaires avec Prometrium qu’elles n’ont pas avec la progestérone transdermique, par exemple : somnolence, nausée, maux de tête, sentiment de léthargie. À l’heure actuelle la médecine conventionnelle se retranche, comme le fait la Dre Demers, derrière l’argument que l’absorption transdermique de la progestérone est considérée comme incertaine car elle ne se reflète pas dans les niveaux sériques. Pourtant, des études sérieuses ont démontré la capacité d’absorption et l’efficacité de la progestérone transdermique, notamment une étude récente qui a comparé l’administration de progestérone orale (200 mg par jour) et l’application transdermique (40 mg par jour). On a constaté qu’une quantité identique de progestérone était libérée dans le sang sur une période de 24 heures2. Considérant le nombre de femmes qui ont des effets secondaires avec l’usage prolongé du Prometrium et qui nous appellent pour savoir comment utiliser la progestérone transdermique, je crois que la Dre Demers rendrait service aux femmes du Québec d’y regarder de plus près.

Il y a plusieurs autres points dont je voudrais parler, en particulier concernant l’usage des produits naturels pour maintenir l’équilibre hormonal et soulager les symptômes de la ménopause, une approche à laquelle Sylvie Demers accorde peu de crédibilité. Donc, à suivre dans un prochain article (Voir dans Dossier Hormones sur le site santedesfemmes.com  « Hormones au féminin » : un livre qui lance un défi de taille tant aux femmes qu'à leurs médecins."



Référence et lecture recommandée:
- 1 Dr George Gillson, M.D. «La thérapie hormonale plus efficace et sécuritaire, c’est possible», publié par RMA Labs. Le laboratoire RMA est le seul au Canada qui effectue le test salivaire des hormones. Ce livre est disponible sous l'onglet «LES BOUTIQUES / Matériel éducatif» ou au 1-800-486-0535.
- 2 Communication présentée à la réunion annuelle de 2004 de la American Society for Clinical Pharmacology and Therapeutics.
- Lire la suite à la chronique intitulée: «Hormones au féminin» un livre qui lance un défi de taille tant aux femmes qu'à leurs médecins»


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