Il n’y a pas de doute que le livre de la Dre Sylvie Demers va susciter beaucoup de controverse. Plusieurs de ses hypothèses sur les hormones féminines vont carrément à l’encontre d’idées fortement ancrées dans le monde médical et de plus vont à l’encontre de l’attitude que bien des femmes en sont venues à avoir à l’égard de leurs propres hormones.

Le principal défi que le Dre Demers lance aux médecins est de reconnaître le rôle vital que jouent les hormones sexuelles féminines pour la santé des femmes toute leur vie durant. Ce qu’elle affirme à ce sujet sont des choses que tout médecin a appris à l’école médicale: «Les hormones sexuelles féminines, en particulier l’estradiol-17ß et la progestérone, sont les hormones qui exercent le plus de fonctions différentes dans le corps humain. Elles agissent à peu près partout: système reproducteur, cerveau, nerfs, vaisseaux sanguins, muscles, os, peau, thyroïde, foie, pancréas, système digestif, vessie, etc.»1.

C’est pourquoi, à l'instar du Dr John Lee, elle déplore l’amnésie collective dont fait preuve le monde médical concernant le système hormonal féminin et qui donne lieu à des aberrations comme la banalisation de la castration féminine (ablation des ovaires), la pratique de prescrire de l’oestrogène seul(sans progestérone) aux femmes qui ont subi une hystérectomie, la confusion entre les hormones bio-identiques et non bio-identiques et la tendance actuelle, suite à l’étude Women’s Health Initiative (WHI), de traiter les symptômes de la ménopause «à la pièce» par des antidépresseurs et toute une panoplie de médications plutôt que s’attaquer à la cause en rétablissant l’équilibre hormonal perturbé par l’arrêt de l’ovulation.

Concernant la castration des femmes, la Dre Demers pose carrément la question «Pourquoi castre-t-on les femmes? Les ovaires sont aussi importants dans la vie d’une femme que les testicules dans la vie d’un homme.»2À une femme qui avait des problèmes encore plus graves après son hystérectomie qu’avant, elle dit «Vous souffrez, Marie-Jeanne, parce que votre castration a causé une chute radicale de vos hormones qui exercent le plus de fonctions dans votre corps. Si les médecins enlevaient les testicules aux hommes comme ils enlèvent les ovaires aux femmes, ça ferait des lunes que toute l’importance des hormones sexuelles serait reconnue.»3 C’est tellement vrai! On ne peut trouver de meilleur exemple de «deux poids, deux mesures» en médecine que l’attitude des médecins relativement à la castration des hommes et des femmes.

Un exemple de l’amnésie médicale actuelle par rapport à la progestérone est la pratique de ne pas prescrire de progestérone aux femmes qui n’ont plus leur utérus. Tout comme l'a fait le Dr Lee avant elle, la Dre Demers affirme catégoriquement que la progestérone doit toujours accompagner l’oestrogène dans toute thérapie hormonale: «Je prescris la progestérone, (mais jamais de progestine) aux femmes ayant eu une hystérectomie, et ce, pour ses bienfaits multiples.»

À noter que les bienfaits qu’elle cite sont attribuables à la synergie oestrogène-progestérone, et non à l’une ou l’autre de ces hormones prises séparément: par exemple effet bénéfique sur le cholestérol, effet vasodilatateur (bon pour la circulation), prévention de l’athérosclérose, augmentation de la production de neurotransmetteurs (bon pour le cerveau et la mémoire), propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et anti-hypertensives, production de collagène (bon pour la peau), prévention de l’ostéoporose, propriétés anxiolytiques (réduit l’angoisse et l’anxiété) et bien d’autres encore.

Une autre pratique médicale que la Dre Demers remet en question est celle de castrer les femmes au nom de la prévention du cancer du sein ou des ovaires. «La solution n’est certes pas la castration», dit-elle, «mais la prise adéquate de progestérone. «Je suis convaincue que la prise de progestérone par les femmes préménopausées ayant un déficit en progestérone pourrait avoir plusieurs rôles protecteurs.»4 En se basant sur plusieurs études, elle attribue aux hormones féminines (oestradiol & progestérone) un rôle protecteur pour le cancer de l’utérus et même pour le cancer du sein. Sur ce dernier point, le défi qu’elle lance aux femmes est vraiment de taille. Dites-moi ce que vous en pensez, mesdames (voir le lien pour émettre vos commentaires en bas de page).

Je lancerais par contre deux défis à la Dr Demers: d’une part, étudier de plus près l’utilisation de la progestérone par voie transdermique. Dans son livre elle parle d’une expérience (une seule!) qu’elle a eue avec une crème à la progestérone obtenue d’un pharmacien préparateur. Il y a deux choses à considérer relativement aux crèmes magistrales: premièrement le potentiel d’absorption de la matière grasse qui sert de «véhicule» pour l'assimilation de la progestérone, et ceci peut différer d'un pharmacien à l'autre, et deuxièmement le soin qu’a mis le pharmacien à produire une crème homogène. Si la progestérone n’est pas bien dissoute dans la crème de base et que celle-ci est granuleuse, la pénétration percutanée sera imparfaite ou nulle. C’est pourquoi de meilleurs résultats sont parfois obtenus avec des crèmes produites dans des laboratoires spécialisés ayant l’équipement nécessaire pour assurer l’homogénéité et l’absorbabilité de ce genre de produit. 

Mon deuxième défi concerne le peu de confiance que la Dre Demers dit avoir dans les produits naturels pour atténuer les symptômes la ménopause. Bien sûr, les extraits de plantes étudiés jusqu’à maintenant n’ont pu se mesurer aux hormones – mais il fallait s’y attendre car dans la nature tout est synergie et les extraits de plantes ne peuvent vraiment bien fonctionner que dans un contexte de santé holistique. Sans compter le fait que les extraits de plantes, s'ils ne sont pas standardisés, peuvent différer grandement sur le plan de la puissance et de l'efficacité. Ce n'est certainement pas comme de prendre un médicament dont les ingrédients font l'objet d'un brevet d'invention. Mais cela n'empêche pas les médicaments d'être impliqués dans un fort pourcentage des décès dus à l'intervention médicale (les causes dites «iatrogènes» sont la troisième cause de décès en Amérique du Nord). Se prendre en main et être bien renseignées demeure le plus grand atout des femmes qui veulent améliorer leurs chances de vivre jusqu'à cent ans en santé !



Références et lectures recommandées:
- 1page 17
- 2page 212
- 3page 213
- 4page 207
- Dre Sylvie Demers, M.D., «Hormones au féminin», Éditions de l'homme
- Pour écouter l'entrevue que le Dre Demers a accordée à Christiane Charette, cliquez sur le lien ci-après, et ensuite sur L’entretien avec docteure Sylvie Demers
- Pour lire la chronique précédente: «Hormones au féminin» par Sylvie Demers: qu'en dirait le Dr John Lee?»

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