De nouvelles informations sur l’ovulation, la fertilité, le SOPK et bien plus.

Ce qui suit est une entrevue avec la Dre Jerilynn C. Prior, M.D. FRCPC, professeur d’endocrinologieà l’université de Colombie-Britannique au Canada. Ses intérêts majeurs sont la santé des femmes, mais aussi la mise sur pied et l’interprétation d’études sérieuses dans le domaine de la santé holistique. Elle est une pionnière dans le monde de la recherche sur le cycle menstruel, l’ovulation, la progestérone et la perte osseuse.

Q: Vos recherches avant-gardistes indiquent que les jeunes femmes peuvent avoir un cycle menstruel avec menstruations, mais sans ovulation. Cela a pour effet qu’elles ne produisent pas de progestérone et la dominance en oestrogènes s’installe. Quelle est la cause principale de l’absence d’ovulation?

R: Les perturbations au niveau l’ovulation n’arrivent pas seulement chez certaines femmes en particulier, mais sont plutôt assez courantes chez toutes les femmes, au moins de façon intermittente. C’est la voie dynamique du corps pour répondre au stress que nous rencontrons dans notre vie.

Q: D’après vous, les femmes qui sont plus attentives à leur cycle menstruel sont-elles plus habilitées à traiter elles-mêmes leurs déséquilibres hormonaux?

R: Les ovaires sont si sensibles aux stress émotionnels, physiques, nutritionnels et à l’activité physique excessive, que des cycles réguliers avec ovulation normale deviennent un bon indicateur du bien-être de l’hypothalamus. Cependant, lorsque les cycles changent à la péri-ménopause, les femmes ne devraient pas s’attendre à avoir des cycles menstruels réguliers. À ce moment de leur vie, l’œstrogène augmente et la progestérone diminue et ce, de façon très erratique. Ceci est largement déterminé par la diminution de la production ovarienne de l’inhibine.

Q: Qu’est-ce que l’inhibine?

R: L’inhibine est une petite hormone constituée de deux chaînes de protéines qui est fabriquée dans la partie de l’ovaire où sont fabriqués l’oestrogène et la progestérone. Elle est chargée de garder la glande hypophyse (glande qui régularise les hormones) sous contrôle. Mon hypothèse, qui est très bien supportée par la littérature, est qu’à la péri-ménopause, l’inhibine diminue avant que les ovaires épuisent tous leurs follicules. Lorsque la FSH (Follicle Stimulating Hormone) est inhibée, les follicules ovariens sont sur-stimulés et cela produit des niveaux d’oestrogènes plus élevés et plus erratiques. À cause de ce déséquilibre, l’ovulation se produit plus rarement et le niveau de progestérone est soit bas ou trop faible par rapport au niveau d’œstrogène produit.

Q: Que pouvez-vous nous dire d’autre, au sujet des cycles anovulatoires?

R: Il y a en réalité deux catégories de perturbation ovulatoire que j’ai nommées «ovaire allumé» et «ovaire éteint». La plus courante chez les jeunes femmes de moins de 40 ans est «l’ovaire éteint» où l’axe hypothalamo/hypophysaire n’envoie pas les signaux à l’ovaire à cause du stress, de l’embonpoint, de la maladie ou de l’activité physique excessive.

Q: Quel est le mécanisme biochimique qui est derrière ce phénomène?

R: Il y a un centre d’intégration dans le cerveau qui reçoit des signaux du système limbique, du système de maintien de la température corporelle, et du système de régulation du sommeil. Ces systèmes envoient à ce centre le message qu’il y a un stress. À travers un processus de rétrocontrôle sophistiqué qui implique l’hypothalamus, l’hypophyse, les ovaires et les glandes surrénales, les signaux de stress inhibent les signaux de l’hypophyse qui commandent aux ovaires d’ovuler.

Les femmes qui ont le problème de «l’ovaire éteint» sont très minces ou même maigres, ont tendance à avoir plus froid que les autres, et ont une poitrine petite ou sous-développée. Ces personnes sont du genre à travailler fort et à être souvent dures envers elles-mêmes. Le premier changement relié au stress se traduit par une phase lutéale raccourcie, et ensuite par l’anovulation. Seulement après, la production d’œstrogène devient perturbée et un allongement de l’intervalle entre les cycles (un cycle normal peut durer jusqu’à 35 jours) peut survenir. Si le stress et la perte de poids continuent, l’aménorrhée peut survenir, ce qui se traduit par une absence de règles pendant six mois ou plus.

L’autre type de perturbation de l’ovaire, se nomme «l’ovaire allumé». Les femmes qui expérimentent ce type de perturbation ovulatoire, se plaindront d’un excès de poids, de problèmes de pilosité faciale et d’acné. Au niveau biologique, cette perturbation est moins claire, mais on sait qu’elle est reliée à la résistance à l’insuline, qui a des effets sur le cerveau en augmentant le niveau de LH (Luteinizing Hormone), mais aussi directement sur l’ovaire. L’excès d’insuline reste au niveau des récepteurs des cellules de la thèque (membrane externe de l’ovaire) et les rend plus sensibles à leur environnement hormonal. Les cellules produisent donc une plus grande quantité d’androgènes (hormones mâles).

Q: Donc c’est pour cela qu’une alimentation riche en glucides aggrave le syndrome des ovaires polykystiques. L’excès de glucose sanguin (de toutes les sources) produit un haut niveau d’insuline, qui à son tour stimule la production d’androgènes dans l’ovaire, ce qui empêche l’ovulation.

R: Des niveaux augmentés de LH et d’androgènes provoquent un signal qui empêche le follicule ovarien d’expulser l’ovule. Chaque follicule ovarien grossit et crée une sorte de lac de liquide autour de lui. S’il n’éclate pas et ne relâche pas l’ovule, il finit par devenir un kyste. Par conséquent, cela crée une situation où les niveaux d’oestrogènes sont élevés ou normaux, les niveaux d’androgènes sont élevés et les niveaux de progestérone sont faibles. Cette condition se caractérise habituellement par l’obésité, spécialement au niveau du ventre, par des signes d’augmentation des androgènes comme l’acné, la peau huileuse, des poils sur le visage et sur la poitrine, et la perte de cheveux. Puisque les oestrogènes ont tendance à être plus élevés chez les personnes qui ont de l’embonpoint, ces dernières sont plus à risque d’avoir un cancer du sein ou un cancer de l’utérus. Elles peuvent aussi avoir des symptômes de SPM (Syndrome Prémenstruel) assez prononcés.

Q: Voilà une bonne raison d’éviter le sucre et les glucides raffinés comme le pain blanc et les pâtes…

R: Et c’est une autre raison pour faire de l’activité physique aérobique ou d’endurance, qui est une des meilleures façons de diminuer le niveau d’insuline mais aussi les SPM.

Avec des perturbations ovulatoires de type «ovaire allumé», vous devez corriger trois problèmes: le premier est d’équilibrer le niveau de progestérone – et pour cela vous devrez utiliser des doses physiologiques de progestérone naturelle. Ensuite, vous devrez bloquer les effets des hormones mâles. Il y a un médicament appelé Spironolactone, que j’utilise pour bloquer l’action des androgènes au niveau de la cellule. Et finalement, si une personne a une histoire familiale de diabète, ou est plutôt obèse, alors à ce moment-là, j’utilise un médicament appelé Metformin, qui sensibilise le corps à l’insuline et permet au niveau d’insuline de diminuer.

Q: J’ai découvert qu’un supplément de progestérone, de l’exercice régulier, une alimentation faible en sucres et en gras et riche en fruits et légumes, vont souvent rééquilibrer le tout.

R: Cela peut très bien fonctionner pour les femmes qui ne sont pas trop obèses et qui sont motivées à s’en tenir à une alimentation santé et à une activité physique régulière. Elles perdent donc le surplus de poids et tout rentre dans l’ordre.

Q: Quels sont les autres signes qu’une femme peut observer et qui va lui indiquer qu’elle a eu son ovulation pendant le mois?

R: La température basale est un bon moyen, mais l’autre signe qui va indiquer que l’ovulation a bien eu lieu est une sensibilité accrue de la poitrine, au niveau du côté des seins, sous les aisselles. Si les seins sont douloureux sur le devant et autour des mamelons, c’est seulement le signe d’un haut niveau d’œstrogène et il est alors impossible de déterminer si l’ovulation a eu lieu. Mais si la douleur est ressentie sur les côtés seulement, cela signifie que l’ovulation a eu lieu.

 

 

Source:
http://www.virginiahopkinstestkits.com/priorovaries.html

Commentaires   

0 #3 Micheline O S 29-10-2012 16:05
Bonjour Myriam,
Merci d'avoir partagé cet article sur votre page Facebook et meci pour les précisions concernant les signes d'ovulation. Séréna fait un travail d'éducation et de soutien formidable pour les femmes du Québec et de toute la francophonie qui veulent contrôler leur fertilité ! Je suis heureuse que notre bulletin puisse vous être utile.
Micheline O'Shaughnessy, santedesfemmes.com.
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0 #2 Myriam Bonfils 29-10-2012 14:30
Merci pour ces éclaircissements sur les cycles anovulatoires et pour cette entrevue très intéressante que je me suis empressée de partager sur notre page Facebook. Comme autres signes pour observer son cycle et déceler les signes d'ovulation: la glaire cervicale et les caractéristiques du col de l'utérus que l'on peut observer quotidiennement. au Québec, l'OBNL Seréna s'est donné pour mission d'enseigner aux femmes et aux couples l'auto-observation et la connaissance du cycle.
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0 #1 baf 26-10-2012 21:01
Merci beaucoup pour ces explications remarquables.
Etant en pré-ménopause,avec de tels articles,j'apprends à mieux déceler les "symptômes" et réagir en conséquences.
C'est aussi rassurant pour moi de bien me connaître!
Bien cordialement
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