Le réseau anglais de Radio-Canada faisait état, le 17 septembre dernier, de résultats de recherches sur certains changements dans les eaux de Saint-Laurent qui causent des problèmes dans le système reproducteur des poissons. Les principales victimes sont les poissons mâles qui deviennent hermaphrodites, car ils développent à la fois des ovaires et des testicules.

Des chercheurs de l’Université de Montréal ont découvert des concentrations d’oestrogène jusqu’à 90 fois plus élevées que la normale dans les eaux du fleuve en aval de l’île de Montréal. Selon Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’U. de M., les quantités mesurées sont environ cent fois plus grandes que les niveaux que l’on reconnaît comme pouvant avoir des effets perturbateurs sur le système endocrinien. Alors que dans le secteur étudié les chercheurs ont trouvé de l’oestradiol, une hormone que les femmes fabriquent naturellement, ils ont surtout trouvé des xénoestrogènes et des oestrogènes synthétiques non bio-identiques. Selon M. Sauvé, cette dernière catégorie serait composée de produits pharmaceutiques qui sont utilisés dans les contraceptifs chimiques et les hormones prescrites à la ménopause (THS). Pour ce qui est des xénoestrogènes, il s’agit d’une catégorie de substances à effets oestrogéniques provenant de produits chimiques utilisés dans les plastiques, les pesticides, les herbicides et d’autres produits d’usage domestique ou industriel.

M. Sauvé est d’avis que certains de ces polluants sont filtrés à l’usine de traitement de l’eau, mais qu’une quantité importante se retrouve quand même dans le fleuve. «Les produits pharmaceutiques sont présents dans les plans d’eau autour de toutes les grandes villes et cette eau est recyclée et elle nous revient dans notre eau potable, ce qui veut dire que nous nous exposons à des quantités inconnues d’un grand nombre de médicaments d’ordonnance» affirme Anne Wordsworth, recherchiste associés à l’Association canadienne du droit de l’environnement. La Ville de Montréal a l’intention d’installer un nouveau système de traitement à l’ozone à ses procédés de traitement d’eau, dans l’espoir que cette technologie viendra à bout des hormones et des autres produits pharmaceutiques dans l’eau potable. Entre temps, à tout le moins nous pouvons éviter de jeter des médicaments dans les toilettes (rapportez-les plutôt à votre pharmacien qui en disposera de façon sécuritaire) et peut-être, s’il y a moyen, réduire notre consommation d’hormones non bio-identiques et notre usage de certains produits chimiques autour de la maison.

Il y a de bonnes raisons de croire que la majeure partie des oestrogènes qui polluent le fleuve proviennent des contraceptifs oraux. Voici un commentaire affiché sur le site web de Radio-Canada par une auditrice:

«L’oestrogène qu’on trouve dans le Saint-Laurent vient probablement des contraceptifs chimiques plutôt que des hormones prescrites pour la ménopause*. Une étude longitudinale présentement menée au Canada constate que plus de 80% des femmes en âge de procréer prennent présentement ou ont déjà pris des contraceptifs à base d’hormones qui contiennent des oestrogènes et des progestines synthétiques.Quand j’étais au secondaire, la moitié des filles dans ma classe prenaient la pilule, même si certaines n’étaient pas sexuellement actives car nous étions fortement influencées par l’infirmière des services de santé. J’aurais souhaité qu’elle nous parle aussi des risques que nous faisait courir la contraception chimique, par exemple le risque de développer de la pilosité faciale et corporelle lorsque nous cesserions de prendre la pilule car la prise de ces hormones synthétiques à un jeune âge perturbe grandement notre système hormonal et les ovaires ont de la difficulté à bien fonctionner plus tard. Elle aurait pu aussi nous dire que cela pourrait diminuer notre capacité de concevoir naturellement sans l’aide d’insémination artificielle. Je crois qu’une meilleure éducation sur l’impact de l’oestrogène synthétique sur l’environnement et sur le corps humain pourrait inciter bien des femmes à y penser à deux fois avant d’utiliser cette forme de contraception.»(*À noter que l’oestrogène prescrit pour la ménopause est de plus en plus sous forme bio-identique, tel qu’il y a dans Estrace®, Estrogel® et les timbres.)

Il faut dire que la tendance qu’ont maintenant les médecins de prescrire des contraceptifs oraux à des adolescentes de plus en plus jeunes pour gérer la dysménorrhée, le syndrome prémenstruel et d’autres problèmes hormonaux augmente encore la consommation de ces produits et le niveau de pollution qu’ils créent. Je vous invite à lire à ce propos ma chronique intitulée «Prendre la pilule contraceptive à des fins thérapeutiques est injustifiable» (voir références ci-dessous).

Pour revenir à l’environnement, on sait qu’un des graves problèmes causés par certains produits chimiques est leur effet rémanent– c’est-à-dire qu’ils ne se dégradent pas à un rythme normal et on les retrouve encore dans l’environnement des décennies plus tard. Avec des oestrogènes synthétiques tels que l’éthinyl estradiol utilisé dans les contraceptifs oraux, il est fort possible que cet effet rémanent soit à l’oeuvre car ces hormones sont des inventions de laboratoire qui n’existent pas dans la nature et qui sont conçues pour avoir un effet prolongé dans notre corps. Le foie, qui dégrade en majeure partie nos oestrogènes endogènes en oestriol (un oestrogène très faible) ne peut pas dégrader efficacement les oestrogènes synthétiques, donc ceux-ci se retrouvent dans l’environnement en pleine force.

Bien sûr on parviendra peut-être à éliminer les oestrogènes de l’eau potable, mais cette pollution hormonale continuera à affecter non seulement les poissons et les autres animaux aquatiques, mais également les humains car ils nous reviendront par la chaîne alimentaire. En plus des déséquilibres hormonaux chez les femmes, on sait que le taux de sperme chez les hommes a baissé de 50% dans les dernières décennies. Pour l’amour de notre corps et de l’environnement, il vaut la peine de se poser des questions sur notre usage des hormones synthétiques et de s’informer sur les alternatives plus naturelles.




Références et lectures recommandées :
Méthodes alternatives de contraception:www.serena.ca
Ellen Grant: Amère pilule, la vérité sur le contraceptif chimique, Éditions OEIL, Paris
Diminuer les risques de cancer:Guide du consommateur averti
Voir ma chronique intitulée: «Prendre la pilule contraceptive à des fins thérapeutiques est injustifiable»


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